Le texte ci-dessous est une retranscription d'une discussion ayant eu lieu à la Haute École des Arts du Rhin, le 3 juin 2016, lors d'une épreuve de diplôme. Durant cette épreuve, le candidat doit effectuer une présentation de son travail, préalablement accroché dans l'une des salles de l'école. Le jury est constitué de cinq membres, dont trois artistes et deux théoriciens. Deux étudiants, Julie Chane-Hive et Sylvain Leal, étaient également présents.

Colin Thil Bonjour. Avant de commencer, j’aimerais vous dire quelques mots à propos de cet accrochage. J’ai souhaité vous présenter aujourd’hui un ensemble de pièces délibérément réduit témoignant de mes deux dernières années de travail à Strasbourg. Ces quelques pièces ont également en commun de ne pas avoir été conçues pour un projet d'exposition particulier, elles n'ont pas été imaginées pour un espace, ni pour avoir de relation avec une thématique d'exposition particulière, elles ont été réalisées dans des temps différents et n’avaient jusqu’à présent jamais été destinées à être présentées ensemble. Il s'agit d'un fait qui n'est pas anodin dans mon travail, puisque bien souvent mes pièces se configurent en relation avec les conditions d’exposition qui les attendent. J'ai également préféré me concentrer sur des formes se prêtant davantage à la forme d’une exposition de ce type, au temps de visite extrêmement court, mettant ainsi de coté les gifs, publications, collaborations, applications et autres pièces pour les quelles d’autres formes de présentation sont plus adaptées. Je ferai tout de même mention de certaines d’entre elles et vous invite à consulter mon site internet si vous êtes curieux de découvrir les autres.

À l'aide de ce corpus, j'aimerais réfléchir avec vous à des problématiques qui sont actuellement au coeur de ma pratique, et dont la plupart sont intrinsèquement liées au travail que j’ai mené autour de Jack Spicer, poète américain actif dans les années 50-60, affilié à la renaissance de San Francisco, qui comme vous le verrez a été déterminant pour moi à bien des égards.

Comme vous pouvez d’emblée le remarquer, ma pratique articule un certain nombres de formes parfois très différentes, l’articulation des ses différentes formes entre elles constitue pour moi un élément clé de mon vocabulaire plastique. Avant de parcourir ces différentes pièces et leurs fameuses articulations, je vous invite dès à présent à avoir en tête la problématique suivante : Toutes ces pièces que vous voyez ici sont-elles des pièces « célibataires », isolées dans ma pratique, soit ce que Jack Spicer appelle des « coups d’un soir » ? Ou, au contraire, sont-elles différentes parties de ce que Jack Spicer appelle un « poème sériel », c’est à dire une série de pièce dont l’ensemble et la succession sont des éléments de sens décisif. J’aimerais réfléchir à cette question avec vous tout au long de ma présentation, aussi, n’hésitez pas à me couper à tout moment pour entamer cette discussion.

Membre du Jury 1 Si vous le permettez, j'ai une première question.

C. T. Je vous écoute.

Membre du Jury 1 Peut-on dire de ces pièces qu'elles ont un caractère embryonnaire ? Est-ce que ces pièces, réalisées de manières isolées, pourraient-elles engendrer d'autres projets, dont les formes pourraient-être plus abouties ?

C. T. Eh bien, je suis ravi que vous me posiez cette question. Si cela ne vous dérange pas, je vais la garder pour plus tard, j'ai dans ma poche un cas de figure où la question s'est posée très clairement.

Membre du Jury 1 D'accord, très bien.

C. T. Pour commencer, je vous invite à me suivre vers cette première pièce au fond de la salle.

Pour tout vous raconter, l’histoire de ce projet commence lors d’un voyage en train, soit en dehors du temps dédié au travail dans mon atelier. Alors que je lisais un livre, l’image d’une forme circulaire perforée en son centre m'est apparue petit à petit. Je me suis alors dit que j'allais pouvoir attaquer un nouveau projet, seulement, je n'avais à l'époque aucune idée de la raison pour laquelle cette image m'était venue. Je me souviens cependant qu'il était très net pour moi qu’il s’agirait déjà d’une « cible » comprenant une tache aveugle en son centre.

L’apparition inopinée de ce projet me rappelle d’ors et déjà une remarque de Jack Spicer : « Le poème arrive toujours au mauvais moment, lorsqu’il est tard et que vous voulez lire le roman policier que vous avez laissé sur votre table de nuit. » Il raconte alors que lorsque le poème arrive, et s'il est suffisamment fort, il va s’interposer à votre projet, celui de lire un roman policier par exemple, et vous devrez passer la nuit à le retranscrire, et sinon, il roulera sous la porte. On peut dire que dans mon cas, le projet s'est effectivement interposé, j'ai dû poser mon livre et faire quelques croquis.

Après avoir réalisé quelque croquis, je me suis empressé d'en modéliser quelques-unes via des outils informatiques. Grâce à mes diverses expériences dans ce domaine, je suis parvenu à réaliser ce type d'image assez spontanément.

La suite logique du projet aurait été alors de les réaliser concrètement, et ce avec les outils dont je disposais. Étrangement, il me paraissait évident à ce moment là que je devrai réaliser ces cibles sous forme de peintures, en élaborant des châssis obéissant à cette forme particulière. Je réalisais alors la résonance de ce projet avec les cibles de Jasper Johns, ou encore les cibles distordues de John Tremblay sur lesquelles j’avais lu un texte peu de temps avant. J’ai appris également qu’on trouve des cibles peintes par des artistes dès le XVIIIème siècle, avec déjà ce rapport à une certaine poétique de la vision, de l’œil prédateur, ou du regard acteur qui me préoccupait déjà. Cependant, les quelques pièces que j'ai réalisées ne sont pas parvenues à rivaliser avec la simplicité des images PNG initiales. Même si le processus de réalisation m’intéressait, le résultat me semblait bancal, artificiel. Il en a été différemment cependant pour la dernière d'entre elles. Comme vous pouvez le voir, sa surface est différente de celles des cibles précédentes. Cet aspect légèrement bombé me posait une forme de challenge technique, il me fallait trouver un mode de construction différent de ceux utilisés jusqu’à présent. C'est ainsi que je suis arrivé à obtenir cette grande structure.

Durant sa réalisation, qui s'est avérée relativement longue, j'ai été sensible aux réactions que le projet a suscité dans mon entourage. Je remarquais par exemple qu'en racontant qu'il allait s'agir d'un châssis pour une peinture, la pièce bénéficiait d'un tout autre statut que si il avait s'agit d'un simple volume, mon entreprise portait en elle même un certain nombre de récits.

Membre du Jury 2 S'agit-il d'une pièce en cours ? Comment comptez-vous tendre une toile la-dessus ?

C. T. En arrivant à ce stade de la réalisation, je me suis aperçu malgré moi que la pièce avait acquis dans cet état une autonomie qui dépassait mon projet initial. Tous ces détails de fabrication, les vis, les traits de coupe à la scie à ruban, mais aussi ce bout de mon numéro de téléphone qui figurait sur la plaque de contreplaqué, racontent des choses que je n'imaginais pas que la pièce raconterait. La forme en elle même présente une ambiguïté que je n'avais pas perçu initialement, entre le futur châssis d'une peinture et une espèce de réacteur. Dans mon entourage je l'ai entendu désignée de "vaisseau spatial" ou encore de "donut autonome", ce qui n'était pas pour me déplaire...

Membre du Jury 1 Permettez moi de vous interrompre. Je trouve tout ce que vous dites extremement juste. Je suis tout à fait d'accord avec vous sur l'ensemble, mais un détail me gène. La façon dont vous avez accroché la pièce, là, sommairement, avec deux vis.

C. T. Oui.

Membre du Jury 1 Comme une simple peinture.

C. T. C'est juste. Si j'avais su plus tôt que ça n'allait pas devenir une peinture, j'aurais sans doute imaginé un système de fixation plus élégant, seulement la pièce s'est bien gardée de me prévenir.

Membre du Jury 1 D'accord.

C. T. Quelque part, j'apprécie assez que l'affaire de savoir s'il s'agit ou non d'une peinture ne soit pas tranchée. Le titre que porte la pièce, "Blind Spot Target", reste d'ailleurs sagement fidèle à mon projet de départ et ne donne pas plus d'indice sur la question.

Si vous le voulez bien, j'aimerais maintenant vous montrer une autre pièce issue de ce projet de cible.

Membre du Jury 1 La possibilité d'une cible...

C. T. Cette pièce-ci, documente d'une certaine manière le travail que j’ai effectué pour réaliser la structure précédente tout en proposant ses propres qualités plastiques.

Membre du Jury 2 C'est le plan de coupe de la pièce précédente ?

C. T. Tout à fait. Il s’agit d’un plan qui m'a permis de réaliser toutes les pièces nécessaires à la structure dans une seule planche de contreplaqué. Elle raconte également, d’une certaine manière, le récit de cette surface plane qu’était la planche de contreplaqué, et de sa transformation en ce volume circulaire. Mais j'apprécie aussi la façon dont elle rejoue d'une autre manière que dans la grande cible cette configuration de l’espace par les courbes, avec cette ondulation que vous pouvez observer ici. La courbe, d’une manière générale, est un élément récurrent dans mon travail récent, ainsi d'ailleurs que mon recours au fonctions sinus et cosinus pour les réaliser. 

Membre du Jury 3 Qu'avez-vous dit ? Je n'ai pas bien entendu.

Membre du Jury 1 au autres membres du Jury. Les fonction Sinus et Cosinus.

Membre du Jury 3  Qu'est-ce que c'est ?

C.T. Se sont des fonctions mathématiques. Je m'en sers pour obtenir le dessin de mes formes aux bonnes mesures.

Membre du Jury 4  au membre du jury 3. Tu sais, pour connaître les angles d'un triangles...

C. T. Oui, on y recours effectivement en trigonométrie, c'est au programme de troisième si je me souviens bien.

Membre du Jury 4  Griffonne sur un bout de papier qu'elle tenait dans la main, en s'adressant au membre du Jury 3. Quand tu as les deux cotés d'un triangle, pour obtenir le troisième, là.

C. T. Essayant de retrouver l'attention du jury. Je voulais signaler avec deux fonctions qu'il me plait d'envisager ce genre de recours technique comme un motif à par entière de mon travail, un élément de vocabulaire aussi déterminant que le sont mes autres outils et compétences.

Membre du Jury 1 Oui je vous suis.

C. T. Comme pour la pièce précédente, j’aime dans ce travail le récit qu'il fait des modalités techniques et formelles de réalisation d’un châssis de type nouveau, à la manière d’un scénario d’anticipation. Ce travail résonne également avec ma rencontre du travail de peinture de David Malek que j’ai eu l’occasion d’accrocher, et même de restaurer. Dans son travail, les problématiques de la peinture abstraite sont intrinsèquement liées à celles des récits de sciences fiction. Cette imbrication d’un registre plastique et esthétique dans une intrigue narrative m’intéresse beaucoup.

Cette connotation sci-fi qu’on retrouve dans ce projet de peinture-cible me plaît aussi car elle résonne avec une image de Jack Spicer à laquelle je suis très attaché, celles des martiens. À son sens, les martiens seraient comme les émetteurs des poèmes, et par extensions de toutes les œuvres d’art, c'est en tout cas comme ça que je le comprend, soit, en tout cas, une origine de l’œuvre qui serait foncièrement étrangère à son auteur. L'auteur ne serait alors qu'une espèce de passeur.

J'ai retrouvé cette idée plus tard dans cette pièce, plus récente. Comme vous pouvez le constater, il s'agit d'une conjugaison d'objets qui se sont trouvé dans mon atelier au même moment. La colonne que vous voyez est constitué de formes circulaires que j'avais découpées dans l'objectif d'en faire des cibles. J'avais choisi de les faire en mousse d'isolation pour pouvoir éventuellement y lancer des fléchettes. J'ai réalisé cette peinture au-dessus un peu plus tôt, davantage en lien avec des préoccupations de figuration et de couleur. Ce n'est que tout à fait inconsciemment, ou plutôt de manière extrêmement spontanée, que j'en suis venu à la placer ici. 

J'ai alors ressenti cette sensation un peu désagréable, mais pourtant captivante, de ne pas tout à fait être l'auteur de cette pièce. Elle m'a plu tout de suite, pour ces qualités plastiques, pour le rapport qu'elle établissait entre ces formes circulaires et l'automobile, mais d'une façon tellement inopinée que je n'avais pas l'impression d'avoir de réelle autorité sur la pièce, ou, qu'elle était l'enfant d'un autre père, pour reprendre l'expression de Jack Spicer, et Il s'agit d'ailleurs, selon lui, de quelque chose de très positif : "Si je suis sûr de ne pas me reconnaître dans le poème, alors je peux avoir la certitude qu'il a bien été émis par une source extérieure."

Membre du Jury 4  Perplexe. Mais il s'agit tout de même d'une pièce que vous revendiquez comme faisant partie de votre travail ?

C. T. Absolument. Avec un peu de recul, je me rend même compte qu'elle explicite des choses qui étaient déjà présentes dans mes pièces depuis un moment, ce rapport au sport, cette façon d'articuler des surfaces figuratives avec des formes plus concrètes. Cette pièce résonne aussi formellement avec une pièces qui m'avait plutôt marqué, vous la connaissez sans-doute, ces totems de pneus réalisés par Rob Pruitt, partiellement peints en blanc... Vous les voyez ?

Membre du Jury 1 Oui, oui, absolument.

C. T. En définitive, quand Jack Spicer insiste sur cet impératif de ne pas être tout à fait l'auteur de son travail, la question n'est pas tant pour lui de savoir qu'elle serait alors la source de ses poèmes ou de mes pièces, mais plutôt de chercher à pouvoir faire entrer dans son travail quelque chose qui soit extérieur à sa propre personnalité. Par exemple, en parlant des rimes en poésie, il soutient qu'ils peuvent être une bonne choses pour le poème puisque c'est une contrainte de plus pour le poète qui l'empêchera de dire ce qu'il aurait envie de dire. J'ai rencontré cette idée à nouveau dans la réalisation de ce triptyque.

L'origine de ce projet remonte à mon travail de peinture de ces quatre dernières années. Sur des toiles je peignais des parties figuratives empreintées à des images trouvées dans mes photos personnelles, avec des parties abstraites, colorées et connotées bitmap, glitch ou fichiers corrompus. Après avoir réalisé quelques peintures, je voulais approfondir ce travail autour de la couleur et de son rôle dans un contexte de saturation lié à l’actualité de ses conceptions par l’informatique et l’industrie (HSB, RVB, CMJN). J'ai donc conçu une application me permettant de réaliser des fichiers vectoriels de ce type, avec de fins aplats de couleurs verticaux, dont l’épaisseur change progressivement pour laisser apercevoir d’autres aplats encore, puis qui se réitèrent sur toute la longueur de l’image. Comme vous pouvez le voir, la multitude de ces informations donne lieu à différents effets optiques, de profondeurs, de dégradés.

Ce qui m’amène aux théories de Jack Spicer dans ce travail, c’est qu’il m’a été impossible de déterminer à l’avance aucune de ces pièces. J’ai bien eu des idées de ce que j'aurais souhaité obtenir, et des couleurs que j'aurais aimé voir apparaître, mais ce qui a résulté du travail, c’est d’avantage la conjugaison de mes attentes avec ce que me permet le logiciel, et ce qui se déroule à l’écran avec la prévisualisation. Il s’agit ainsi d’un dispositif qui se moque de mes intentions de départ et qui favorise l’apparition de formes qui me dépassent. Une autre image qui me plaît chez Jack Spicer est celle de Baseball. Il y aurait dans le travail d’écriture poétique différents acteurs, en plus de l’auteur. La poésie serait ainsi comparable à un sport de compétition, où l’esprit d’équipe est préférable au jeu en « solo ». Pour ne pas nuire à la partie, l’auteur doit savoir s’effacer pour laisser jouer les autres acteurs, de la même manière que jouent dans ces travaux mon logiciel et le rendu de mon écran, ou encore ces fonctions sinus et cosinus qui interviennent ici aussi. Je pense que la résurgence de ces deux dernières fonctions est importante, bien que je ne sache pas encore tout à fait pourquoi.

Membre du Jury 1 Pendant que vous présentiez la pièce je pensais au travail de Wade Guyton, je crois que vous l'évoquez dans votre mémoire. Comme vous, il fait entrer dans ses pièces des paramètres extérieurs, mais la où vous parlez d'un logiciel que vous avez conçu, lui fait intervenir la machine directement, jusqu'à l'épuisement de ses capacités techniques.

C. T. Wade Guyton est effectivement un artiste qui m'intéresse beaucoup. Comme lui j'ai travaillé avec une imprimante traceur pour ces pièces-ci, mais comme vous le dites nous ne nous infligeons pas tout à fait les mêmes contraintes. Mon dialogue à moi a lieu plus en amont, dans la conception du fichier numérique, je serais même tenté de dire que l'oeuvre résiderait avant tout dans le fichier SVG qui résulte de ce dialogue, mais ce ne serait pas tout à fait juste car j'ai véritablement conçu ces images pour être tirées sur une imprimante traceur, de sorte à ce qu'au fil de l'impression, les lignes apparaissent et se dévoilent. C'est d'ailleurs un moment très beau.

Le résultat de se travail m’a emmené vers une direction que je n’imaginais pas au départ. Ce coté pastel des couleurs, qui me rebutait un peu au départ, me plaît désormais et m’a fait prendre conscience d’un certain glissement que l’on retrouve dans beaucoup de mes pièces, entre une abstraction radicale et autonome vers un rendu plein de connotations qui le ramènent à l’espace social : les couleurs et leur coté packaging de jus multi-fruit, le fait que les moyens de réalisation technique soient explicites (rouleau sortit de l’imprimante, motif qui suit le mode d’impression vertical). Je retrouve ce glissement dans la pratique de nombreux artistes pratiquant la peinture abstraite aujourd’hui. Le critique et galeriste Vincent Pécoil a utilisé l’expression « abstraction trouvée », Cyrille Bret, qui a suivi mon travail de mémoire, a utilisé une autre image que je trouve aussi très juste, dépeignant la peinture abstraite moderne, comme un personnage solitaire, autonome, et que cette nouvelle scène de l’abstraction s’efforcerait de sociabiliser, autrement dit, s’appliquerait à lui trouver des amis dans le monde social.

Membre du Jury 1 À quels artistes pensez-vous par exemple ?

C. T. Eh bien, là tout de suite, je pense à Blair Thurman.

Membre du Jury 1 Je pensais justement à lui quand vous nous parliez de votre première structure...

C. T. Eh bien voilà justement qui nous amène à cette autre pièce juste derrière vous...

Membre du Jury 4 Attendez, j'aimerais encore vous poser une question sur ce triptyque. Vous dites que avez créé ce logiciel ?

C. T. Oui, j'ai écrit cette application avec Processing.

Membre du Jury 1 Vous avez donc fait cette application avec une autre application...

C. T. En quelques sorte, oui. Processing est un environnement de développement conçu par des artistes, c'est un outil auquel je me suis formé ces dernières années. Dans le processus de travail il s'agit bien de programmation, mais dans un langage orienté pour les artistes et designers. Comme vous vous en doutez je ne suis pas ingénieur en informatique, pas plus qu'en soucoupe volante.

Si vous êtes d'accord je vous invite maintenant à vous retourner pour que je vous parle de cette pièce au sol derrière vous.

Cette pièce-ci est une peinture d’après un artiste que j’associerai volontiers à cette scène de la peinture abstraite décrite précédemment. Il s’agit à l’origine d’une pièce de jeunesse de l’artiste Blair Thurman, dont on peut trouver quelques images sur son site internet. Sur la pièce d'origine, on retrouvait ce même principe technique qui consiste à aligner des peintures monochromes verticalement, à les fixer entre elles, puis à leur faire opérer ce mouvement qui défie la gravité. Je dois admettre que la première fois que j’ai aperçu une image de cette pièce, elle ne m’a fait aucun effet, la boucle était plus petite que celle que vous voyez, plus maladroite encore, les châssis étaient d’équerre et les toiles étaient chacune de différentes couleurs. Ce n’est qu’en discutant de cette pièce que m’est apparu la citation formelle du looping pour petites voitures. Cette forme à alors commencé à me tarauder, et je me suis mis petit à petit à imaginer d’autres solutions plastiques pour la réaliser. C’est à la suite de cette réflexion que je me suis attelé à la réaliser moi même.

J’aime imaginer que ce travail à deux auteurs, soit que Blair Thurman, dont j’apprécie énormément le reste du travail et qui a très certainement eu une influence sur le mien, soit entré dans ma pratique. Une fois de plus, cette idée résonne avec mon travail sur Jack Spicer, et sa conception de la traduction. Selon lui, le travail du traducteur qui recompose un poème dans une autre langue n’est pas différent de celui d’un poète qui en rédige un neuf, puisque dans les deux cas il s’agit de retranscrire le message d’une source extérieure, et il est tout à fait concevable à son sens qu’une bonne traduction puisse être formellement très différente de son original. Dans son premier livre, After Lorca, l’ambiguïté entre la traduction et la composition est poussée a son paroxysme, puisque dans une préface signée par le fantôme de Garcia Lorca, il est stipulé que les poèmes du recueil sont tantôt des poèmes de Spicer, tantôt de Lorca, parfois des deux, et parfois même des poèmes de Lorca écrits après sa mort. Cette pièce-ci est-elle une traduction de celle de Blair Thurman, avec mon langage plastique et mes outils techniques ?

Membre du Jury 2 Pensez-vous que cette pièce puisse être exposée dans une exposition de Blair Thurman ? Pensez-vous avoir fait une retranscription juste ?

C. T. Comme je vous le disais, j’ai moi même délibérément ajouté des éléments à la pièce de Thurman, comme cette couleur noire et ce traitement tantôt très matièré, tantôt plus lisse, et ses paillettes, mais aussi cette forme biaisée des châssis, et ses pièces en métal spécifiques. Mais l'idée que cette pièce puisse être une retranscription juste de la pièce originale grâce à ces quelques modification m'intéresse beaucoup. Je ne sais pas à quel point cette pièce pourrait se substituer à l'original, mais même si il elle n'est pas présentée ici dans le cadre d'une exposition de Blair Thurman, il  y a cependant bien quelque chose de l'ordre de l'exposition collective, qui par ailleurs est une forme d'exposition qui m'intéresse particulièrement. Pour revenir à mon travail, il se joue un certain nombre de choses communes dans cette pièce avec son original, comme une fois de plus ce glissement du registre de la peinture abstraite dans un contexte autrement connoté, je pense au registre de l’architecture, mais aussi du sport, de l’équilibre et de la mise en danger, soit un parallèle burlesque entre les modes de lectures très « intellectualisant » de la peinture monochrome, et se rapport plus primitif qu’on retrouve dans l’entertainment. Pourtant, force est de constater que cette pièce interagit différemment avec le reste du travail de Blair Thurman qu’avec le mien. Le contexte de réalisation, mais aussi les moyens utilisés ainsi que les pièces l’avoisinant façonnent ma pièce d’une manière différente : cette récurrence de la courbe que j’évoquais précédemment ainsi que ce mode de conception d’un volume en moyens d’assemblages, mais aussi les pièces satellites qu’elle fédère dans mon travail, comme celle-ci que je vous invite à venir voir.

De la même manière que pour ce précédent travail avec la petite peinture sur une pile de cibles, cette pièce est apparue comme une conjugaison spontanée d'objets trainant dans mon atelier, et de procédés présents dans mon travail. J’avais acheté ce morceau de tissu alors que je cherchais de la toile pour réaliser des peintures. Le motif qui y était présent m'amusait, mais proposait aussi des détails plastiques auquel j'était assez sensible, comme ce fond rose tacheté et ces tracés bleu ciel. Ce n'est qu'en le laissant trainer dans mon atelier que m'est venu la volonté de le tendre partiellement sur ces châssis que j'avais réalisés en abondance pour ce projet de looping.

Encore une fois, lorsque ce projet est apparu, j'ai mis un moment avant de l'accepter et de finalement le revendiquer dans mon travail. J'apprécie beaucoup les cartoons, je continue d'en regarder même aujourd'hui, mais de là à voir Bob l'éponge et Patrick l'étoile de mer s'inviter dans mon travail... Et pourquoi eux plutôt que d'autres ?

Membre du Jury 1 Amusé. Parce que Bob l'éponge c'est vraiment génial.

C. T. Au membre du Jury 1. J'en conviens. Mais il y en a tellement d'autres...

Membre du Jury 1 Bien-sûr...

C. T. Au membre du Jury 1. Si vous regardez bien, vous verrez qu'en plus Bob grinde négligemment sur un de mes châssis.

Rires

Membre du Jury 5 Il y a une grande différence entre l'esthétique de cette pièce et celle des impressions que vous nous avez montré précédemment.

C. T. Oui, il ne s'agit pas d'une volonté particulière de ma part, c'est simplement la façon qu'a mon travail de se développer. Jack Spicer disait que chacun de ses livres avait l'air d'être écrit par un poète différent. Je suis moi même assez attaché à l'idée de pouvoir développer un travail assez ouvert pour pouvoir accueillir la pratique de plusieurs artistes. Je me souviens avoir songé à signer différemment mes pièces en fonction de leur apparence, comme le font certains musiciens maintenant, mais je me suis vite aperçu qu'il serait très difficile de catégoriser mes travaux aussi facilement. Avec du recul, j'ai maintenant l'impression que cette diversité de forme permet également un réseau de rapports entre les pièce qui dépasse des questions simplement formelles. Lors d'une discussion avec Nicolas Frougeau, nous nous amusions  de la similitude formelle de cette pièce avec le travail de Claude Viallat, et de la présence d'éponges sur la toile, qui est aussi son principal outil de travail.

Rires

Nicolas remarquait alors que ma conception de la série était radicalement différente de la conception communément établie dans l'art moderne, à savoir d'une série de pièces formellement similaires, reprenant ou déclinant des procédés plastiques communs. Dans la théorie du poème sériel de Jack Spicer, il en est tout à fait autrement, la série se développe d'elle même dans la pratique d'un poète sans nécessairement utiliser de formes définies. D'ailleurs, ce dernier ne devrait pas avoir la moindre idée d'où la série va l'emmener, ce n'est que rétrospectivement qu'il s'apercevra que la série est terminée, et il pourra alors essayer de retracer à loisir le tissu de sens qui s'est établit dans la série. Voilà qui m’amène à cette question que je vous posait au début de ma présentation : Toutes ces pièces que je vous présente ici sont-elles des pièces isolées ? Où alors, sont-elles des particules d'un ensemble plus grand ou d'une série qui se serait constituée à mon insu ?

Au membre du Jury 1. J'en profite maintenant pour revenir sur la question que vous me posiez tout à l'heure, à propos de pièce qui pourraient en enfanter d'autres...

Membre du Jury 1 Oui, les pièces embryonnaires.

C. T. Comme vous avez pu le constater, mes pièces ont tendance à s'engendrer les unes les autres assez fréquemment. Cette dernière pièce en est un bon exemple. Elle est littéralement inscrite dans le travail de réalisation de ma pièce d'après Thurman tout en s'en distinguant plastiquement. Pourtant on retrouve bien entre elles des traits héréditaires, comme ce rapport ludique, burlesque ou sportif à la peinture monochrome. Je dirai même que cette pièce  fait ressortir ce qu'il pouvait y avoir de cartoonesque dans la pièce d'après Thurman. Et c'est le genre de connexion qu'il est intéressant d'établir après-coup, comme je vous le disais, des connexions que le poème sériel établit sans que vous en ayez conscience.

Membre du Jury 1 D'accord, je vous comprend tout à fait maintenant. J'ai une autre question...

Membre du Jury 2 J'ai aussi une question. Au membre du Jury 1. Laisse moi poser ma question.

Le membre du Jury 1 Acquiesce et laisse la parole au membre du Jury 2.

Membre du Jury 2 La pièce est-elle terminée ? Ces punaises sont-elles une solution provisoire ?

C. T.  Les trois châssis de la pièce reposent sur des vis, les punaises quand à elles me permettent de tendre le reste du tissu plus sommairement.

Membre du Jury 2 Mais s'agit-il d'une solution provisoire ? Comptez-vous en trouver une autre ?

C. T.  Je crois que j'aime assez la pièce dans cet état. En réalité, je pense que j'aurai bien trop peur d'intervenir davantage et de nuire à la spontanéité de la pièce. À propos du poème dicté, Jack Spicer disait qu'il était bien plus simple de le composer en une seule prise et qu'il était dangereux de revenir sur un poème après-coup, de le modifier selon ses propres exigences, qui ne sont pas celles du poème dicté, ou du message transmit par les martiens.

Membre du Jury 3 Il ne nous reste plus beaucoup de temps.

C. T.  J'aimerais alors rapidement vous montrer une pièce que je range habituellement dans la catégorie des travaux qui ne sont pas destiné aux espaces d'exposition.

Il s'agit d'une vidéo que j'ai imaginé comme un teaser pour une édition issue de mon travail sur la méthode de travail de Jack Spicer. j'ai intitulé cette édition L'enseignement de San Francisco, sous-titré un manuel de l'art selon Jack Spicer. Cette vidéo avait ainsi vocation à donner envie à mon entourage de lire ce texte, et de les persuader qu'il ne s'agit pas d'un mémoire théorique un peu relou, comme ça peut arriver parfois.

Membre du Jury 3 Surprise . Oh !

Membre du Jury 1 Comment avez-vous diffusé cette édition ?

C. T.  À l'occasion de ce travail, j'ai monté avec quelques amis une maison d'édition sous forme d'association pour diffuser nos projets.

Membre du Jury 1 Jetant un regard aux autres membres du Jury. Nous en parlions justement hier...

C. T.  Vous parliez de notre maison d'édition ?

Membre du Jury 1 Nous nous faisions la remarque qu'aucun candidat au diplôme n'avait évoqué la volonté de se regrouper avec d'autres étudiants. Nous le regrettions justement...

C. T. Surpris. Ah oui ? Pourtant ce projet va sans doute concerner des étudiants que vous avez-vus...

Membre du Jury 2 Lesquels ?

C. T. Cherchant. Eh bien... Désignant Julie Chane-Hive. Cette demoiselle derrière vous travaille actuellement sur un projet que nous éditerons. Mais c'est un autre Jury qui évaluera son diplôme.

Membre du Jury 1 À Julie Chane-Hive. Nous n'aurons malheureusement pas l'occasion de découvrir votre travail aujourd'hui.

C. T. Je vais maintenant vous montrer ce fameux teaser.

Lance la vidéo.

Membre du Jury 3 Sur un ton rieur. L'esthétique San Francisco...

C. T. Après avoir laissé tourner la vidéo un moment. Comme vous pouvez le constater, le principe de la vidéo est relativement simple : un long travelling parcourt mon espace de travail -ma chambre- avec en premier plan la bibliographie de mon mémoire et mon mémoire en cours, et en arrière plan, des travaux issus de mon travail plastique, le tout mis en scène à la manière d’une scène de polar, ou comme si mon travail avait été le personnage d’une intrigue passionnante. Ce portrait de ma pratique me plaît car il met en avant ce que mon travail peut comporter comme énigmes, pour ceux qui le rencontrent mais aussi pour moi, et il l’insère dans une narration de la même manière que les récits que j’ai pu vous donner sur chacune de mes pièces.

La musique quant à elle est un morceau de Jim O’rourke, qui, comme Jack Spicer, fait partit des personnalités qui me guident dans ma pratique. Dans le texte, il met en garde l’auditeur en lui rappelant qu’il n’est pas souverain dans ses faits et gestes, qu’il ferait mieux de se méfier de ses mains, qu’elles ont leur volonté propre, et que de toute évidence, elle ne sont pas ses alliées, elles ont d’ailleurs leur propres desseins, sont allées dans des endroits que vous ne connaissez pas, et ainsi de suite...

Membre du Jury 1 À propos du morceau de Jim O'Rourke. C'est un morceau de l'album Simple Songs ?

C. T. Tout à fait.

Membre du Jury 4 J'ai une réticence vis-à-vis de cette vidéo. Cette esthétique...

C. T. L’ esthétique de la vidéo elle-même est empreinte à celles des illustrations des albums pop de Jim O’rourke, avec ces lumières vertes et rouges. Au membre du Jury 1. Vous voyez ?

Membre du Jury 1 Oui, dans Eureka...

C. T. Quand à la modélisation 3D, c'est quelque chose de relativement récent dans mon travail. Suite à des travaux en collectif ces dernières années j'ai pris l'habitude de modéliser mes pièces en volume avant de les réaliser, pour en faciliter le récit au près de mes enseignants, des techniciens de l'école ou de mes amis. C'est donc encore une fois de façon relativement spontanée que j'ai réalisé ce travail. J'ai par ailleurs pris beaucoup de plaisir à disposer et réarranger les différents éléments dans ma chambre, à la manière d'un maquettiste, et de préciser l'apparition à l'écran des éléments dans le travelling, de sorte à diriger l'attention du spectateur d'un objet à l'autre.

Membre du Jury 5 Le temps presse... Avez-vous encore quelque chose à nous montrer ?

Membre du Jury 1 J'aimerai que vous nous parliez de cette petite peinture là-bas...

C. T. Oui, j'aimerai beaucoup si vous voulez bien me suivre.

J’ai souvent à l’esprit cette réflexion de Joseph Beuys selon laquelle une œuvre existe avant tout dans le discours qu’elle engendre. Je remarque moi même que le travail de réalisation de mes pièces commence dès lors que j'en raconte le projet à un ami. Dans de nombreux cas, c’est d’ailleurs ce récit qui me poussera à continuer mon projet. Mais aussi, je remarque également qu’une fois le projet incarné dans une forme plastique, les récits que peuvent en faire les différents publics qu’elle rencontre contribue à son tour à la façonner. Plus que la discussion que fédère la pièce, je m’intéresse actuellement surtout à ce que les différents récits produisent sur la pièce, comme une sorte d’aura magique, à la manière d’un artefact ensorcelé par un sorcier vaudou. J’ai moi même observé ce phénomène en manipulant, en accrochant et en emballant des pièces de divers artistes pour lesquels j’éprouve un grand intérêt.

Pour cette pièce par exemple, je me plais à l'introduire à mes amis en faisant le récit d’un processus de réalisation bien précis : Chez moi, au beau milieu du travail pour mon mémoire, je me prend à jouer à un jeu dans lequel je réciterais des poèmes de Jack Spicer en dansant autour d’une feuille vierge, puis je laisse tomber un lacet au sol aléatoirement. Je reproduis enfin le dessin obtenu par le lacet au sol sur une feuille puis en fil de fer sur cette toile. À ce moment seulement, je dévoile la pièce et tout le monde s’amuse de la supercherie.

Rires

Il est intéressant de constater à quel point cette histoire marque irrémédiablement la vision qu’ont mes proches de cette pièce. Une étudiante a d’ailleurs eu le projet de faire le récit de cette pièce dans son mémoire de fin d’étude. J’aime l’idée que cette pièce puisse apparaître à la fois uniquement sous forme de récit, avec toutes les résonances que ce récit puisse porter, mais aussi simplement sous forme de peinture, comme vous avez pu la recevoir en la découvrant dans cette pièce. "Poetry as Magic" est par ailleurs le nom qu'a porté un célèbre workshop qu'a organisé Jack Spicer à San Francisco à l'aube de sa courte carrière.

Membre du Jury 3 Encore une fois, cette pièce est très différente des précédentes, beaucoup plus "storytelling".

Membre du Jury 2 J'ai encore une question. Quelle place tient votre discours dans votre travail ? Ces pièces sont-elles tout à fait dissociables de cette réflexion que vous portez sur les idées de ce poète ?

C. T.  Oh, oui, elles sont dissociables. Elles ont une existence qui leur appartiennent et tout ce discours que je porte sur elles n'est qu'une façon pour moi de les comprendre et de vous les introduire. Je suis tout à fait conscient qu'un autre public que moi utilisera d'autres outils pour comprendre mes travaux, et je serais curieux qu'il m'apprenne grâce à ses outils des choses que j'ai pas encore compris dans mon travail. Je reconnais cependant que tout ce travail de mise en récit des pièces que j'ai effectué avec vous prend ces derniers temps une importance nouvelle dans mon travail. Il s'agit d'une question que je me pose actuellement. En préparant ma présentation d'aujourd'hui, je me faisais la réflexion que ce travail pourrait offrir une bonne porte d'entrée dans mon travail. Peut-être devrais-je lui donner suite. J'avais envisagé de réaliser une retranscription de cette conversation pour documenter ce moment auprès de mes amis. Mais il ne faudrait pas que tout ce discours fasse autorité sur mes pièces...

Membre du Jury 4 Surpris par la dernière phrase. Ah oui ?

Membre du Jury 1 Pouvez-vous citer quelques artistes dont vous vous sentez proche dans cette histoire de mise en récit du travail ?

C. T.  Là maintenant, je pense surtout à la pratique de certains des étudiants que je côtoie, notamment celle de Julie qui se trouve derrière vous, et dont le travail à très certainement eu un forte influence sur le mien.

Membre du Jury 1 Connaissez vous la pratique de Ryan Gander ?

C. T.  Oui, mais trop peu, je le reconnais. Ça n'a peu être pas beaucoup de rapport, mais je suis un grand amateur du travail de David Blair, le réalisateur du film Wax, ou la télévision implémentée par les abeilles. Il a une façon de tisser des relations étranges entre des choses, de nous perdre dans des considérations absurdes, voire mystiques, et quelque part de nous retourner le cerveau complètement, et c'est quelque chose que j'admire beaucoup chez lui. Je ne prétends cependant pas chercher à produire ce genre d'effet dans mon travail, mais si cet effet devait y avoir lieu, je pense que ça ne me déplairais pas. C'est aussi quelque chose que je retrouve dans les conférences de Jack Spicer et qui m'intéresse beaucoup...

Membre du Jury 3 D'accord. Je pense que nous pouvons nous arrêter là.

Membre du Jury 4 Merci pour votre présentation.

C. T.  Je vous en prie, merci à vous.

Les membres du jury se séparent du candidat et quittent la pièce.